Maux de tête et mâchoire serrée : et si votre articulation temporo-mandibulaire était en cause ?

À retenir :

Vous souffrez régulièrement de maux de tête ? Le problème vient peut-être de votre mâchoire.

Les maux de tête font partie des motifs de consultation les plus fréquents. Stress, fatigue, manque de sommeil, troubles visuels ou douleurs cervicales sont souvent évoqués.

Schéma expliquant lien entre mâchoire et maux de tête

Pourtant, une structure reste trop rarement prise en compte : l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), celle qui relie la mâchoire au crâne.

Les troubles temporo-mandibulaires (TTM) concernent entre 5 et 12 % de la population et constituent la deuxième affection musculo-squelettique la plus fréquente après la lombalgie chronique (11). S’ils provoquent principalement des douleurs de la mâchoire, ils sont aussi associés à des céphalées, des douleurs cervicales, des acouphènes, des vertiges ou une limitation de l’ouverture buccale (8,9).

La littérature scientifique met en évidence une association cliniquement pertinente entre certains troubles de la mâchoire et plusieurs types de maux de tête, notamment les céphalées de tension et certaines migraines (4,5,8). Sans affirmer qu’un trouble de l’ATM est systématiquement responsable des céphalées, il représente une piste diagnostique à ne pas négliger.

Qu’est-ce que l’articulation temporo-mandibulaire ?

L’ATM relie la mandibule à l’os temporal du crâne. C’est l’une des articulations les plus sollicitées du corps : elle intervient quotidiennement dans la mastication, la déglutition, la parole, le bâillement et certaines fonctions respiratoires.

Son bon fonctionnement repose sur un équilibre entre les surfaces articulaires, un disque fibro-cartilagineux, les muscles masticateurs et plusieurs ligaments. Lorsque cet équilibre est perturbé, on parle de trouble temporo-mandibulaire (TTM). Les TTM regroupent des atteintes pouvant concerner l’articulation elle-même, les muscles masticateurs, les ligaments ou les structures musculo-squelettiques de la tête et du cou (7,8).

L’un des facteurs les plus fréquents est le bruxisme éveillé, c’est-à-dire le fait de serrer les dents inconsciemment au cours de la journée. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas forcément le grincement nocturne qui pose le plus de problèmes : les études montrent que le serrement prolongé des dents est l’activité la plus délétère pour le disque articulaire, car il exerce une surcharge mécanique susceptible d’endommager progressivement les tissus (6).

Pourquoi les troubles de la mâchoire peuvent-ils provoquer des maux de tête ?

À première vue, il peut sembler surprenant qu’une articulation située au niveau de la mâchoire provoque une douleur ressentie dans les tempes, le front ou derrière les yeux. Plusieurs mécanismes, bien décrits dans la littérature, l’expliquent.

Des voies de la douleur partagées avec la tête

Les muscles masticateurs et l’ATM empruntent en grande partie les mêmes circuits nerveux que la sensibilité de la face et du crâne, principalement le système trigéminal — le nerf responsable de la sensibilité du visage (8,13). Lorsqu’un muscle masticateur reste contracté longtemps ou qu’une articulation devient douloureuse, le cerveau peut interpréter cette information comme provenant d’une autre région : c’est la douleur projetée. Une douleur née au niveau de la mâchoire peut ainsi être ressentie dans les tempes, le front, derrière les yeux, dans l’oreille, voire jusque dans le cou (4,13). Cela explique pourquoi certains patients consultent pour des céphalées alors que l’origine se situe au niveau de l’ATM.

Une relation dans les deux sens

Les travaux récents montrent que la relation entre céphalées et TTM est probablement bidirectionnelle : un trouble temporo-mandibulaire peut déclencher ou entretenir certains maux de tête, mais des céphalées répétées peuvent aussi favoriser l’apparition ou l’aggravation des douleurs de la mâchoire (5). Cette interaction rend parfois difficile l’identification du point de départ des symptômes.

Une revue systématique récente conclut que la migraine est la céphalée primaire la plus fréquemment associée aux TTM, suivie des céphalées de tension (8). Les auteurs soulignent un point essentiel : l’association est forte sur le plan clinique, mais ne permet pas d’affirmer une relation de cause à effet systématique.

Quels symptômes doivent faire penser à un trouble temporo-mandibulaire ?

Les trois principaux signes cliniques des TTM sont la douleur oro-faciale, les bruits articulaires (claquements ou craquements) et la limitation des mouvements de la mâchoire (18). En pratique, plusieurs éléments peuvent alerter :

  • une douleur localisée devant l’oreille, au niveau de la mâchoire ou des muscles masticateurs 
  • des difficultés à ouvrir complètement la bouche ou une sensation de blocage 
  • des claquements ou craquements à l’ouverture ou à la fermeture 
  • une douleur augmentée à la mastication, au bâillement, lors d’une parole prolongée ou du serrement des dents (14,16,17) 
  • des douleurs projetées vers les tempes, le front, derrière les yeux, l’oreille ou le cou (14,16).

Les études rapportent aussi une diminution de la mobilité mandibulaire, des douleurs des muscles masticateurs et, parfois, des symptômes associés comme des acouphènes, des vertiges ou une sensation d’oreille bouchée (8,9). Cette diversité explique qu’un trouble de l’ATM soit fréquemment confondu avec d’autres pathologies, ce qui retarde le diagnostic.

Un doute sur l'origine de vos migraines ? Faites le point avec un praticien pour tester la mobilité de votre mâchoire.

Comment savoir si vos maux de tête viennent de la mâchoire ?

Lorsqu’un patient consulte pour des céphalées récurrentes, l’examen ne devrait pas se limiter au crâne ou aux cervicales. Les signes de TTM sont significativement plus fréquents chez les patients souffrant de maux de tête que chez les autres (7,8,10).

L’interrogatoire apporte déjà des informations précieuses. Le praticien recherche notamment :

  • depuis quand les douleurs sont apparues 
  • si les maux de tête sont déclenchés ou aggravés par la mastication ou le bâillement 
  • une tendance à serrer les dents dans la journée, ou un grincement nocturne signalé par l’entourage 
  • la perception de claquements ou de craquements de la mâchoire 
  • une douleur à l’ouverture large de la bouche.

L’examen clinique complète l’interrogatoire : évaluation de l’ouverture buccale, palpation des muscles masticateurs, analyse des mouvements mandibulaires et recherche d’une douleur reproduisant les symptômes habituels du patient (15). Cette démarche permet d’identifier une origine temporo-mandibulaire qui passerait inaperçue si seule la tête était examinée.

Femme grimaçant douleur mâchoire temporo-mandibulaire

Quelles solutions en cas de troubles temporo-mandibulaires ?

La prise en charge des TTM repose sur une approche multidisciplinaire. Les recommandations actuelles privilégient des traitements conservateurs, adaptés aux symptômes de chaque patient. Les premières mesures consistent souvent à :

  • limiter le serrement des dents au cours de la journée 
  • éviter les habitudes sollicitant excessivement la mâchoire (chewing-gum, mastication prolongée, ouverture excessive) 
  • mettre en place des stratégies de gestion du stress, fréquemment associé au bruxisme éveillé 
  • recourir, lorsque cela est indiqué, à une gouttière occlusale prescrite par un chirurgien-dentiste (19,20).

Lorsque les douleurs persistent, une prise en charge associant plusieurs professionnels de santé peut être pertinente. Les données suggèrent qu’une approche intégrée, ciblant à la fois les douleurs de l’ATM et les mécanismes neurologiques des céphalées, améliore les symptômes chez certains patients (19).

Quelle place pour l’ostéopathie ?

La littérature récente s’est intéressée à l’apport de la thérapie manuelle, en particulier chez les patients présentant des TTM associés à des céphalées. Plusieurs essais cliniques et revues systématiques rapportent une diminution de la douleur, une amélioration de l’ouverture buccale et une réduction de la fréquence ou de l’intensité des maux de tête après une prise en charge manuelle (21,22,23,24).

Ces bénéfices semblent liés à plusieurs mécanismes complémentaires : amélioration de la mobilité de la mâchoire, diminution des tensions des muscles masticateurs, amélioration de la mobilité cervicale et réduction des contraintes mécaniques exercées sur les structures temporo-mandibulaires (21,22,23,24).

L’ostéopathie ne constitue pas un traitement unique des TTM. Elle s’intègre dans une prise en charge globale, associant éducation du patient, exercices, conseils sur les habitudes de vie, gestion du stress et, si nécessaire, suivi dentaire ou médical.

Quand consulter ?

  • Maux de tête récurrents accompagnés de douleurs ou d’une sensation de mâchoire crispée.
  • Claquements, craquements ou blocages de la mâchoire.
  • Douleur à la mastication, au bâillement ou lors d’une parole prolongée.
  • Limitation de l’ouverture buccale ou serrement des dents fréquent.

Conclusion :

Les TTM sont fréquents mais restent insuffisamment recherchés chez les patients souffrant de céphalées. Les données scientifiques montrent une association importante entre douleurs de la mâchoire et certains maux de tête, notamment céphalées de tension et migraines (4,5,8). Cette relation, complexe et probablement bidirectionnelle, justifie une évaluation complète de la mâchoire en cas de céphalées persistantes.

Vous souffrez régulièrement de maux de tête, de douleurs de la mâchoire ou d’une sensation de mâchoire crispée ? Une consultation permet d’évaluer si un trouble temporo-mandibulaire contribue à vos symptômes et de mettre en place une prise en charge adaptée à votre situation.

Bibliographie

  1. Tooth Clenching Induces Abnormal Cerebrovascular Responses in Migraineurs
  2. Association Between Primary Headache and Bruxism: An Updated Systematic Review
  3. Temporomandibular disorder and headache prevalence: A systematic review and meta-analysis
  4. Association between headache and temporomandibular disorder
  5. Is painful temporomandibular disorder a real headache for many patients?
  6. A study of the temporomandibular joint during bruxism
  7. Temporomandibular Disorders and Headache: A Retrospective Analysis of 1198 Patients
  8. Temporomandibular Disorders as Contributors to Primary Headaches: A Systematic Review
  9. The neuro-pathophysiology of temporomandibular disorders-related pain: a systematic review of structural and functional MRI studies
  10. Headache Because of Problems with Teeth, Mouth, Jaws, or Dentures in Chronic Temporomandibular Disorder Patients: A Case–Control Study
  11. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD) for Clinical and Research Applications: Recommendations of the International RDC/TMD Consortium Network and Orofacial Pain Special Interest Group
  12. Temporomandibular disorders in headache patients
  13. Headaches and myofascial temporomandibular disorders: overlapping entities, separate managements?
  14. Temporomandibular disorders
  15. Executive Summary of the Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD) for Clinical and Research Applications
  16. Temporomandibular Syndrome
  17. MSD Manuals — Temporomandibular disorders (TMDs)
  18. Temporomandibular disorders: a clinical update
  19. Optimising combined treatment for migraine and temporomandibular disorders (TMDs)
  20. MSD Manuals (fr) — Troubles temporo-mandibulaires (TTM)
  21. Orofacial manual therapy improves cervical movement impairment associated with headache and features of temporomandibular dysfunction: a randomized controlled trial
  22. Effect of treatment of temporomandibular disorders (TMD) in patients with cervicogenic headache: a single-blind, randomized controlled study
  23. Effectiveness of manual therapy and cervical spine stretching exercises on pain and disability in myofascial temporomandibular disorders accompanied by headaches: a single-center cohort study
  24. Manual Therapy Applied to the Cervical Joint Reduces Pain and Improves Jaw Function in Individuals with Temporomandibular Disorders: A Systematic Review on Manual Therapy for Orofacial Disorders

Lire les commentaires (0)

Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Sportifs à Bègles : pourquoi consulter un ostéopathe en préparation physique ?

Sportifs à Bègles : pourquoi consulter un ostéopathe en préparation physique ?

01 Juin 2026

À retenir : 

Prévenir plutôt que guérir : L'ostéopathie identifie les dysfonctions mécaniques avant qu’ils ne deviennent des blessures, garantissant une ...

Télétravail et mal de dos : comment aménager votre bureau pour éviter les douleurs ?

Télétravail et mal de dos : comment aménager votre bureau pour éviter les douleurs ?

10 Avr 2026

Vous avez mal au dos en télétravail ? Voici les bons réflexes à adopter

À retenir :

Le mouvement est votre allié : pensez à changer de positions régulièrem...

Catégories